1er dimanche de Carême A

Victorieux avec le Christ

Dimanche 1er mars 2020

Homélie du 1er dimanche de Carême A, 1er mars 2020.

tentationL’évangile de ce jour commence par une phrase étrange. Il est dit : « Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable », comme si le but de l’Esprit Saint, en poussant Jésus à ce séjour prolongé dans les terres arides, était de livrer le Seigneur aux assauts de Satan. Pourquoi l’Esprit de Sagesse soumet-il le Fils de Dieu fait homme à un tel combat ? Pour qu’il remporte la victoire. Et pourquoi le nouvel Adam doit-il vaincre l’Adversaire ? Parce que l’ancien Adam a été vaincu par le Serpent de la Genèse. De fait, l’homme ancien, qui ne manquait de rien au Paradis et qui pourtant s’était montré incapable de résister à la tentation, devait être racheté par l’Homme nouveau, qui manquait de tout dans le désert, et qui pourtant résista au Tentateur au point que celui-ci abandonna ses assauts jusqu’à ce que son temps soit venu.

L’évangéliste poursuit : « Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, Jésus eut faim. » Jésus vit son épreuve complètement tourné vers Dieu son Père, dans une écoute parfaite de l’Esprit Saint. Son amour du Père le mobilise totalement et voilà qu’après un temps long, très long, Jésus a faim. Son temps de solitude est pratiquement achevé. Il est tout au bout de son désert, il peut se dire presque arrivé. C’est là, au seuil de la réussite, que le Tentateur survient. Apprenons du combat de notre Sauveur, la ruse du Malin et la nécessaire vigilance dans la lutte contre le Père du mensonge : c’est quand l’on croit les choses acquises et que l’on s’apprête à baisser sa garde que surgit l’Adversaire pour nous faire tomber.

« Le tentateur s’approcha de Jésus et lui dit : "Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains" ». Satan provoque le Seigneur sur sa qualité de Fils de Dieu. Jésus lui répond en Fils de l’Homme : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » Jésus ne revendique pas sa divinité. Il accepte la pauvreté qu’implique son humanité. Il montre ainsi à son adversaire que non seulement le Fils de Dieu, mais encore le Fils de l’Homme, a le pouvoir de le vaincre en renonçant au pain de ce monde pour se nourrir de la Parole de Dieu.

L’Adversaire feint ne pas comprendre et provoque Jésus une deuxième fois. Le plaçant au sommet du Temple de Jérusalem, il lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : "il donnera pour toi des ordres à ses anges", et : "ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre". » Satan détourne habilement la Parole de Dieu pour amener le Fils de Dieu à vouloir asservir Dieu le Père à sa propre volonté. C’est ce qui se produit quand nous tentons d’instrumentaliser le Seigneur pour satisfaire notre volonté de toute-puissance, notre vanité. Mais la sagesse du Sauveur est plus habile que la ruse du Tentateur, elle lui cite un passage de l’Ecriture qu’il est tenu, lui aussi, de respecter : « Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » Cela s’entend évidemment du Père, mais également du Fils en qui Satan doit respecter la divinité.

L’humilité de Jésus inflige une défaite sévère à l’Adversaire, mais celui-ci ne s’avoue pas vaincu. Il montre au Seigneur tous les royaumes de la terre et leur gloire puis il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. » Combien d’hommes succombent devant Satan pour un peu de pouvoir, une illusion de gloire et des honneurs éphémères. Ils se vendent à l’Adversaire par cupidité. Voilà l’idolâtrie. Ils oublient que Satan leur propose un marché de dupes. Le Père du mensonge leur fait miroiter des choses qui ne lui appartiennent pas. Jésus, dans son amour du Père, rejette puissamment et Satan et sa suggestion malsaine : « Arrière, Satan ! car il est écrit : "C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte". »

Si le Persécuteur a osé tenter Jésus dont il connaissait la force, la sagesse et la puissance de l’amour, il ne fait pas de doute qu’il te tentera toi, qui est faible, inconstant et fragile. S’il te montre ta pauvreté, tourne-toi vers le Christ qui a dit : « Je suis le pain véritable descendu du ciel, qui mangera de ce pain n’aura plus jamais faim. » S’il t’attaque par les pièges de la vaine gloire, souviens-toi que le Seigneur élève les humbles et qu’il abaisse jusqu’à terre les orgueilleux. S’il s’en prend à toi par la cupidité, rappelle-toi ta qualité d’enfant de Dieu, « tout est à toi, et toi tu es au Christ et le Christ est à Dieu ». En te donnant son Fils, le Père t’a tout donné, c’est cela d’ailleurs qui provoque la jalousie et la rage de l’Adversaire à ton égard. Amen.

Textes du jour :
Gn 2, 7-9 ; 3, 1-7a)
Ps 50 (51)
Ro 5, 12-19
Mt 4, 1-11