5e dimanche de Carême A

Lazare, viens dehors

Homélie, 5e dimanche de Carême A

Rassemblons-nous autour de Jésus dans le jardin de Béthanie. Entendons les pleurs de ceux qui aiment Lazare et sa famille. Accueillons leur tristesse. Laissons-nous toucher par la peine de ceux qui viennent de perdre leur frère, leur ami, leur voisin, leur employeur, leur compagnon de route. La mort ne se lasse pas de frapper ceux que nous aimons. Les amis de Jésus ne sont pas épargnés. Jésus lui-même vit douloureusement la détresse de cette famille affligée par le deuil. Il pleure avec elle, comme il pleure aujourd’hui avec nos familles, nos communautés humaines et paroissiales si cruellement touchées par l’épidémie, comme il pleure avec tous ceux qui dans le monde sont atteints par la mort.

La tombe du jardin de Béthanie n’est pas seulement celle de Lazare. Elle est aussi une figure de l’humanité aux prises avec les ténèbres et la mort. Cela fait des années que nous constatons que le monde tourne à l’envers. Les injustices s’accroissent. Les guerres se multiplient. Les égoïsmes s’accentuent. Le cynisme et le mensonge font office de politique. La planète est dévastée. Les puissants accroissent leur puissance. Les petits, les faibles, sont écrasés ou éliminés. L’argent règne en maître. L’humanité souffre terriblement de son inhumanité. Dans cette ambiance délétère, on a parfois l’impression que les jeux sont faits, que le mal l’a emporté, qu’un changement d’orientation est au-dessus de nos forces. L’humanité, prisonnière des conséquences de son péché, semble avoir les pieds et les poings liés par les forces de la mort.

Dans ce contexte, on peut entendre l’avènement de l’épidémie, qui est en soi un malheur, comme un écho à cet ordre de Jésus aux proches de Lazare : « Enlevez la pierre ». Dans un monde pétrifié, le Covid19 introduit une brèche qui montre que rien n’est figé, qu’il existe une marge de manœuvre, une opportunité de changement vers le bien.

À notre humanité moribonde le Seigneur intime aujourd’hui ce commandement : « Lazare, viens dehors ! » Quitte ton tombeau ! Viens à la Lumière ! Viens à moi ! Peut-être les difficultés que nous traversons nous mettront-elles le pied à l’étrier de la conversion ? Peut-être nous réorienteront-elles vers la vie ?

Lazare qui se présente à l’entrée du tombeau n’est plus mort. Il est là, debout, on ne sait trop comment. Il reste marqué par une décomposition avancée. L’odeur de la mort imprègne sa personne. Les bandelettes maculées du suaire le paralysent. La résurrection de Lazare n’est pas celle de Jésus : la première reste marquée par la corruption tandis que sur la seconde la mort n’a plus aucun pouvoir. C’est progressivement que Lazare retrouve la plénitude de la vie. Relevé du tombeau par la puissance de Dieu, il lui faut encore se libérer, ou plutôt être libéré, de tout ce qui le rattache à la mort. Il en va de même pour notre conversion : si Dieu dans sa miséricorde nous accorde la grâce de la Lumière, il nous appartient d’entrer pleinement dans cette clarté en nous détournant des ténèbres.

La voix de Jésus résonne à nouveau. Il commande : « Déliez-le, et laissez-le aller. » Qui est-ce qui va exécuter cet ordre ? L’évangile ne le dit pas. On sait par contre que ce travail de libération devait être pénible malgré la joie des retrouvailles. Il a fallu beaucoup d’amour pour surmonter le dégoût suscité par les conséquences de la corruption. Le travail de purification a sans doute été long et méticuleux. Il me semble que si l’humanité, avec la grâce de Dieu, devait se décider pour le Bien, il lui faudra trouver en elle beaucoup de personnes aimantes, de bonne volonté, pour l’accompagner dans la durée sur le chemin de la conversion.

Cette observation est vrai aussi pour une conversion personnelle. Quand l’un de nous veut se tirer des liens du péché, il lui faut l’aide de ses amis pour s’en sortir réellement et retrouver sa liberté d’enfant de Dieu. Même si le Seigneur Dieu met en lui le désir vrai d’un changement de vie, il lui faut un entourage qui l’aide, qui le soutienne, qui l’accompagne jusqu’à ce qu’il ait acquis la plénitude la liberté. Ne nous soustrayons pas à cette responsabilité car, nous-mêmes, nous éprouvons chaque jour combien il est nous est difficile de nous défaire des liens du péché pour retrouver notre liberté d’enfants de Dieu. Amen.

Textes du jour :
Ez 37, 12-14
Ps 129 (130), 1-2, 3-4, 5-6ab, 7bc-8
Ro 9, 8-11
Jn 11, 1-45