La route de la conversion

Dimanche 9 décembre 2007

« Que le Dieu de la persévérance et du courage vous donne d’être d’accord entre vous selon l’esprit du Christ Jésus. » C’est par ces mots que saint Paul s’adresse aux Romains et à chacun de nous. Arrêtons-nous un instant sur cette exhortation apostolique. Elle balise un chemin pour la vie de la communauté paroissiale, pour la vie familiale, et même pour la vie professionnelle. « Que le Dieu de la persévérance et du courage vous donne d’être d’accord entre vous selon l’esprit du Christ Jésus. »

L’Apôtre veut favoriser la paix et la communion des chrétiens de Rome. Ceci le conduit à invoquer « le Dieu de la persévérance et du courage. » La prière de Paul est très intéressante car elle montre que la paix et la communion — permettez-moi l’expression —, « ne tombent pas du ciel ». Elles supposent persévérance et courage.
Rien n’est acquis d’avance. Tout est à construire. Avec l’aide de Dieu certes, qui donne d’agir « selon l’esprit de Jésus-Christ », mais pas sans nous, pas sans une mise à l’épreuve de notre persévérance et notre courage. Redoublons donc de persévérance et de courage pour nous accueillir les uns les autres, tels que nous sommes, avec nos richesses, avec nos faiblesses, non pas pour nous glorifier nous-mêmes de la paix et la communion ainsi établies, mais « pour la gloire de Dieu », comme le souligne saint Paul.
C’est en effet cela que nous devons viser : la gloire de Dieu. Une communauté chrétienne n’existe pas pour elle-même. Elle existe pour la gloire de Dieu. Cela signifie qu’elle est appelée, en raison de son existence même, à l’évangélisation des personnes, des groupes, des structures qui la rencontrent et la côtoient. C’est en voyant le bien qui y est vécu, que nos contemporains qui ne sont pas chrétiens ou qui le sont peu, rendront gloire à notre Père qui est aux cieux, nous précise le Christ dans le chapitre cinq de l’évangile de saint Matthieu.

Dans l’Église d’Orient, la période de l’Avent est appelée le petit carême. C’est une manière de rappeler la finalité de ce temps : l’appel à la conversion pour préparer les cœurs à l’accueil du Seigneur. Nous accueillir les uns les autres, œuvrer à la paix et à la communion là où nous sommes impliqués, voilà un bel objectif pour nous apprêter à la célébration de la Nativité de notre Seigneur.

La conversion au Seigneur, la conversion à la communion, à l’accueil de l’autre, suppose l’écoute de l’Esprit Saint, dont le livre d’Isaïe rapporte qu’il est « esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur. » L’écoute requiert la disponibilité du cœur, sa souplesse, sa malléabilité, afin que notre conversion résulte non pas d’abord de nos efforts, de l’esprit de vanité qui pollue nos actions, mais de l’amour que nous portons à nos frères, de l’amour que nous témoignons à notre Seigneur. C’est là un point très important, capital, et si souvent négligé. L’important n’est pas l’image que nous donnons de nous-mêmes, devant les autres, devant la communauté, devant le prêtre, l’image que nous nous donnons à nous-mêmes, mais ce que nous sommes véritablement devant Dieu. De fait, lors de l’ultime rendez-vous, ce ne sont pas les autres, ni la communauté, ni le prêtre qui vont nous juger, mais le Seigneur notre Dieu, lui dont Isaïe dit qu’« il ne jugera pas d’après les apparences », qu’« il ne tranchera pas d’après ce qu’il entend dire. »
Sur les rives du Jourdain, Jean-Baptiste appelle lui aussi à la conversion véritable. L’hypocrisie des Pharisiens et des Sadducéens lui est insupportable, non pas parce qu’il les condamne, mais parce qu’il veut les sauver, les libérer de leurs illusions mortifères. Ce désir le brûle et le pousse à toutes les audaces : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc un fruit qui exprime votre conversion. » Le Précurseur lance une mise en garde aux notables religieux, satisfaits d’eux-mêmes, qui se laissaient baptiser sans changer de vie. Car le baptême n’est pas une assurance-vie, mais, comme le rappelle la Première lettre de Pierre (3, 21), l’engagement envers Dieu d’une conscience pure. C’est précisément cet engagement qui fait foi devant Dieu. De fait, il ne suffit pas de dire : « Nous avons Abraham pour Père », ou encore « nous avons été baptisés », pour être sauvés, mais il faut montrer par les fruits d’amour de notre vie que nous sommes bien les frères et les soeurs de Notre Seigneur Jésus-Christ, que nous sommes bien ses parents, dont Jésus dit ailleurs dans l’Évangile, mon père, ma mère, mes frères, mes soeurs, ce sont ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la mettent en pratique. Produisons donc des fruits qui expriment notre conversion pour que nous soyons récoltés avec le blé et non pas brûlés avec la paille dans un feu qui ne s’éteint pas.

Il est de notre mission particulière, à nous les chrétiens, de préparer le chemin du Seigneur, d’aplanir sa route, afin que notre Sauveur puisse venir à la rencontre de l’humanité, afin que nos frères et nos soeurs, qui ne partagent pas nécessairement notre foi, puissent aller à la rencontre du Christ. C’est une belle mission qui nous est dévolue. Nous en comprenons aisément les enjeux. Que nous dira notre Maître si par nos comportements, nos divisions, nos jalousies, nos rancœurs, nos manquements à l’amour et au pardon, nous multiplions les obstacles sur la route de nos contemporains, les empêchant d’aller à la rencontre du Seigneur notre Dieu ?

Prions donc l’Esprit de sainteté de nous ouvrir la route de notre propre conversion, d’y persévérer et de nous donner le courage de la parcourir joyeusement par amour de l’humanité. Et puisque nous fêtions hier la solennité de l’Immaculée Conception, prions également la Mère du Sauveur de soutenir sur ce chemin, de nous rendre dociles à l’Esprit et joyeux de rendre gloire à Dieu notre Père. Amen.

Textes du jour :
Is 11, 1-10
Ps 71 (72)
Ro 15, 4-9
Mt 3, 1-12