Solennité de l’Épiphanie

Comme les Rois Mages

6 janvier 2007

Nous célébrons la solennité de l’Épiphanie de notre Seigneur. Placée traditionnellement le 6 janvier, c’est une fête très ancienne qui remonte vraisemblablement au deuxième siècle, et dont nous avons des témoignages certains, en Orient, à la fin du quatrième siècle lorsque l’on fit de l’Épiphanie, non plus une célébration de l’incarnation du Verbe, mais la fête des lumières, des Mages et du baptême du Seigneur. C’est en effet à ce moment-là, que l’on fixa la fête de Noël le 25 décembre, pour remplacer les fêtes païennes qui se déroulaient alors durant le solstice d’hiver.

Le mot épiphanie vient d’un terme grec qui désignait la manifestation d’une divinité. Or la manifestation de Jésus, dans la gloire de sa divinité, tout à la fois Fils de Dieu et Dieu, ne s’est pas opérée en une seule fois. Elle a pris différents aspects. L’Église souligne la richesse de cette fête dans la prière des Heures : « Nous célébrons trois mystères en ce jour : aujourd’hui l’étoile a conduit les Mages vers la Crèche ; aujourd’hui l’eau fut changée en vin à Cana ; aujourd’hui le Christ a été baptisé par Jean dans le Jourdain pour nous sauver. » Ces trois temps de la vie du Christ sont autant de manifestations de la gloire de sa divinité : Jésus est confessé Seigneur et Roi par les Mages venus d’Orient ; il est reconnu dans la puissance de sa divinité lorsqu’il transforma l’eau en vin à Cana ; il est proclamé Fils de Dieu, par la voix du Père qui reconnaît en lui son Fils bien-aimé. Ces trois manifestations sont données à l’Église qui, en cette fête, est unie à son Époux : « le Christ, au Jourdain, la purifie de ses fautes, les Mages apportent leurs présents aux noces royales, l’eau est changée en vin, pour la joie des convives. » Tout se passe comme si, en la fête de l’Épiphanie, le temps et l’espace se contractaient, comme si nous tous, nous vivions déjà dans la joie des noces éternelles.

Entrons davantage dans le mystère que nous célébrons en contemplant l’épisode des Mages dont nous avons entendu la lecture tout à l’heure. Ces sages venus du soleil levant n’étaient pas Juifs. Ils ne connaissaient pas les Écritures juives. Mais ils sont arrivés à Jérusalem en s’appuyant sur leurs traditions propres, sur la civilisation qui était la leur, sur l’intelligence et l’amour qui les habitaient. À travers ces personnages, l’évangéliste souligne qu’il n’y a aucune culture qui est coupée du mystère de Dieu. Aucune connaissance religieuse déterminée n’est nécessaire pour aller à la rencontre de Dieu et de son Christ. Dieu se manifeste à qui il veut, quand il veut, comme il veut, à qui bon lui semble. Il n’est limité ni par une culture, ni par une civilisation, ni par une religion. L’Esprit souffle où il veut et là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté. Tous, nous sommes appelés à la liberté, à nous placer dans le souffle de l’Esprit, à ouvrir grand notre cœur, pour vivre une foi vive, large, qui sait reconnaître la manifestation de Dieu dans le quotidien, sans se laisser bloquer par les habitudes, les préjugés, les bonnes consciences, les frilosités. Les Mages nous invitent à être accueillants même à ce qui peut paraître déconcertant. Cela ne veut pas dire croire et faire n’importe quoi. Les Mages se sont appuyés sur leur intelligence, sur leur connaissance, sur leur amour pour avancer. Il nous faut faire de même dans l’esprit d’ouverture qui était le leur, en nous laissant déplacer, si ce n’est géographiquement, du moins spirituellement.

Tous, nous sommes appelés à nous laisser guider par une étoile, pour avancer libres et confiants sur le chemin de notre humanité. Cette étoile, cette lumière, quelle est-elle ? C’est la Vie, c’est-à-dire le Christ lui-même. Saint Jean dit en effet : « la vie était la lumière des hommes, et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. » Chaque fois que nous favorisons l’épanouissement de la vie par nos attitudes, par nos comportements, par nos décisions, chaque fois que nous agissons ainsi, nous nous laissons guider par la Lumière du Christ qui nous précède sur un chemin qui ne nous est pas forcément connu. Nous ressemblons alors aux Mages, mettant notre confiance non pas d’abord en nous-mêmes, mais en Dieu qui veut nous ouvrir à son propre mystère.

Sur ce chemin, il y a des étapes que l’on ne peut franchir tout seul, des moments où nous devons nous appuyer sur autrui. Cela a conduit les Mages à s’enquérir auprès d’Hérode du lieu de naissance de l’enfant. Pourquoi l’étoile ne les a-t-elle pas conduit directement à Bethléem, risquant ainsi de mettre en danger la vie du nouveau-né et conduisant Hérode à l’assassinat de tant d’enfants innocents ?
La question est délicate. Je pense que Dieu a fait confiance à Hérode. Il a fait confiance aux sages d’Israël. Il s’est manifesté à eux grâce aux Mages qui, d’une certaine façon, devaient susciter un sursaut de foi chez les dirigeants juifs. Il n’en a hélas rien été.
Notre chemin de foi ressemble par moments à la démarche des Mages. Le Seigneur nous pousse à demander de l’aide à des personnes, à des organismes, car effectivement nous avons besoin de leur appui. Mais il arrive que le Seigneur, sans rien y laisser paraître, inverse parfois les rôles et, au secours que ces gens sont censés nous apporter et qu’ils ne nous apportent pas toujours, se substitue le soutien que nous devons leur procurer, le plus souvent inconsciemment, par notre simple présence qui est supposée les réveiller dans leur foi, les amener à la conversion. Il arrive aussi que ces personnes, tout comme Hérode, tentent de nous utiliser à des fins qui ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. Il ne faut pas en avoir peur. Si le Seigneur nous placent dans une telle situation, c’est pour que et nous-mêmes et les personnes que nous côtoyons nous grandissions dans la foi et l’amour.

Notre propre itinéraire de vie ne nous appartient pas. Il appartient à Dieu qui nous guide et nous conduit. C’est en nous mettant à son écoute, à l’écoute de la Parole de Vie, que les pièges et les chausse-trappes de l’Adversaire nous sont épargnés. Prévenus en songe, les Mages « retournèrent par un autre chemin », non sans avoir auparavant contemplé et adoré Celui qui les avait appelés à lui. La fête de l’Épiphanie nous invite nous aussi à la contemplation de ce Dieu qui s’est donné à nous sous les traits d’un enfant. Il est notre lumière. Il est notre Chemin, un chemin sûr, qui évite les pièges de l’Ennemi et qui nous mène droit à son Père.
« Ma lumière et mon salut, c’est le Seigneur. Alléluia. » Amen.

Textes du jour :
Is 60, 1-6
Ps 71 (72)
Éph 3, 2-3a.5-6
Mt 2, 1-12