Dimanche de la divine miséricorde - Béatification de Jean-Paul II

N’ayez pas peur

1er mai 2011

« N’ayez pas peur, ouvrez toutes grandes les portes au Christ ». C’est par ces mots, qu’en 1978, Karol Wojtyla inaugurait son pontificat. Aujourd’hui, trente-trois ans plus tard, alors que l’Église déclare bienheureux celui qui la conduite avec audace et amour sur les traces du Christ, l’exhortation de Jean-Paul II n’a rien perdu de son actualité. Au contraire : les raisons qui nourrissent nos angoisses se sont multipliées, le monde est plus incertain que jamais et l’Église, entrée dans une phase nouvelle de son histoire, phase qui implique un puissant travail de dépouillement et de purification, connaît les douleurs et les craintes de tout enfantement.

Avec force, le bienheureux pape Jean-Paul II nous redit aujourd’hui : « n’ayez pas peur, ouvrez toutes grandes les portes au Christ ».
Le Christ est la Vie. Il est puissance de vie. Il est la vie qui nous rejoint dans nos peurs, dans nos enfermements, comme elle a rejoint ses apôtres barricadés dans leur maison par peur des Juifs. Le Christ connaît nos peurs, nos angoisses. Celles-ci sont bien souvent légitimes, mais les enfants de Dieu ne sont pas appelés à vivre enfermés, cachés derrière une porte verrouillée.
Non, les enfants de Dieu ne sont pas destinés à cela. Ils sont au contraire appelés à la liberté, à la vie en plénitude. C’est pourquoi, le Ressuscité aujourd’hui encore, nous donne sa paix : « La paix soit avec vous ! » Non pas la paix des hommes, mais la paix que donne la victoire du Ressuscité. La paix fondée sur la Croix. Aujourd’hui encore, comme à ses apôtres, le Seigneur nous montre ses mains percées et son côté transpercé : « La paix soit avec vous ! La paix que je vous donne vous est acquise par ma Croix, par ma victoire sur la mort, sur les forces des ténèbres et sur celles de la haine. Vous avez peur, sachez que j’ai eu peur moi aussi au jardin des Oliviers. Vous craignez les coups, sachez que j’en ai reçu d’innombrables et qu’aucun de ceux qui vous atteignent ne m’est épargné. J’ai porté la croix, pour que vous sortiez victorieux de la vôtre. Appuyez-vous sur moi, n’ayez pas peur, j’ai vaincu le monde et ma paix toujours vous accompagnera. »
Notre paix, à nous chrétiens, repose sur la résurrection du Christ victorieux de la mort. Mieux que cela, c’est le Christ lui-même qui est notre paix, comme l’atteste l’auteur de la lettre aux Éphésiens. Il est notre paix non seulement quand tout va bien, mais encore et surtout au milieu des épreuves, dans l’adversité, dans la persécution.

« La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Le Seigneur veut faire de nous ses témoins en ce monde. Il nous appelle à témoigner de l’amour du Père comme lui-même l’a fait quand il partageait la vie des hommes ici-bas. Nous sommes chargés de transmettre la paix qu’il nous a donnée aux générations actuelles qui, précisément, manquent cruellement de cette paix parce qu’elles se sont éloignées du Christ.
Baptisés, nous portons en nous, nous devrions porter en nous, la paix du Christ afin de l’offrir à nos contemporains. Nous sommes en quelque sorte les relais de la paix pascale. Telle est notre vocation, tel est notre devoir. Cette paix, il nous est impossible de la sortir de nous-mêmes, nous ne pouvons que l’accueillir et la retransmettre. Elle est un don de l’Esprit Saint reçu par toute l’Église. Il importe que nous priions l’Esprit Saint, que nous implorions sa venue sur nous-mêmes, sur nos proches, sur l’Église, sur le monde, car l’Esprit libère de la peur, il fait tomber les murs de la haine, de la violence et de la mort. En effet, là où est l’Esprit du Seigneur, là demeure la liberté. C’est l’Esprit Saint qui, le jour de la Pentecôte, libéra saint Pierre et les disciples du Seigneur de toute peur. C’est lui qui les amènera à prêcher en toute confiance, mais non sans difficultés, le nom de Jésus notre Sauveur. L’Esprit Saint fortifie notre foi défaillante, il creuse en nous l’espérance des biens éternels et réchauffe nos cœurs trop tièdes à la chaleur de l’amour divin.

Oui, tout cela l’Esprit Saint l’opère en nous, si nous le voulons, si nous nous offrons à lui en nous offrant au Christ. Si nous nous abandonnons entre les mains de notre Seigneur et de notre Dieu. Le Seigneur attend de nous que nous lui fassions confiance en faisant confiance à ceux qui ont été ses témoins depuis Jérusalem jusqu’aux extrémités de la terre.
De ce point de vue, nous sommes bien souvent les jumeaux de saint Thomas : nous peinons à croire ceux qui nous parlent du Ressuscité tant que nous-mêmes nous ne l’avons pas rencontré : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je n’y croirai pas. » Et il vrai, si je puis dire, que rien ne vaut une rencontre personnelle avec le Seigneur, de toucher en quelque sorte du doigt la réalité de son amour pour nous et pour tout être vivant. C’est la grâce qui est accordée, de manière quelque fois étonnante, a des nouveaux convertis. Mais il ne faut pas que ces récits de conversion, parfois émouvants, bouleversants, revigorants, cachent aux chrétiens de longue date une autre rencontre, toute aussi réelle, toute aussi bouleversante et revigorante, quoique bien plus discrète : celle du Ressuscité qui se donne et se dévoile à ceux qui communient au pain eucharistique.

Oui, chacun de nous a le privilège de rencontrer le Ressuscité, le Roi des rois, en communiant au corps et au sang du Christ. Caché sous les espèces du pain et du vin, le Seigneur nous redit aujourd’hui avec force : « heureux ceux qui croient sans avoir vu ». L’homme est parfois tenté de chercher Dieu dans les événements et les choses extraordinaires, dans un ailleurs, mais non pas en soi, non pas dans ce qu’il y a de plus extraordinaire en ce monde et qui paraît pourtant si commun, à savoir dans le pain et le vin consacrés, partagés par les chrétiens depuis la résurrection du Seigneur. Oui, le Seigneur nous fait cet immense cadeau, de le rencontrer intimement, chaque jour si nous le désirons, en recevant son corps livré pour nous, en buvant son sang versé pour nous. Le Seigneur est toujours présent, toujours disponible pour la rencontre, mais c’est nous qui sommes bien souvent absents, absorbés par nos soucis, par tant de choses sans importance. Repliés sur nous-mêmes, enfermés dans nos tracas, le Christ est là, mais nous ne le voyons pas ; le Christ s’offre à nous et nous ne l’accueillons pas ; le Christ nous aborde avec douceur et nous négligeons sa présence.

En ce jour où nous célébrons ta divine miséricorde, nous te présentons Père, la relation qui nous unit à toi, notre manière de vivre l’eucharistie, de communier au corps et au sang de ton Fils. Ne nous tient pas rigueur de nos manquements, mais envoie sur nous ton Esprit Saint. Qu’il répande sur nous ta paix, qu’il fortifie notre désir de bien vivre l’eucharistie. Qu’il creuse en nous l’amour qui nous permettra d’accueillir dans une foi toujours plus profonde la présence de ton Fils ressuscité dans le sacrement de l’eucharistie. Oui Père, bénit ton peuple, bénit tes enfants, afin que nous accueillions toujours avec respect et gratitude, la très sainte nourriture dont tu nous combles pour que nous ayons la vie en abondance. Nous t’en prions, par Jésus ton Fils, notre Seigneur et notre Dieu, qui partage ta gloire dans la communion du Saint Esprit, aujourd’hui et pour les siècles des siècles. Amen.

Textes du jour :
Ac 2, 42-47
Ps 117 (118)
1 P 1, 3-9
Jn 20, 19-31