Solennité de la Toussaint

Le salut est donné par notre Dieu et par l’Agneau

1er novembre 2012

La fête de la Toussaint que nous célébrons aujourd’hui est peut-être avant tout une grande et belle fête de famille. Une fête qui rassemble autour du Christ Jésus, notre Sauveur et notre Dieu, tous ceux qui aiment, depuis l’origine du monde.

Depuis les temps les plus reculés s’avance cette foule immense que nul ne peut dénombrer. Cette foule de toutes nations, toutes races, tous peuples et toutes langues dont parle le livre de l’Apocalypse. Autour de nous, en ce moment même, en cette église où nous rendons grâce à Jésus, l’Agneau de Dieu, le commencement et la fin de tout ce qui existe, se presse dans une même louange la foule innombrable des saints et des saintes qui nous ont précédés sur le chemins de la vie et qui attestent d’une voix forte : « Le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le Trône, et par l’Agneau ».

Peut-être me direz-vous : « Nous n’entendons rien ! Nous ne voyons rien ! » Mais saint Jean, lui, a vu, et il a entendu, et nous savons que son témoignage est vrai. Il a vu et entendu la multitude de ceux qui appartiennent à Dieu et il nous rapporte leur enseignement : « Le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le Trône, et par l’Agneau ». Mettons-nous à leur école, essayons de comprendre ce que veulent nous dire tous ces saints, petits et grands, qui ont marqué l’histoire de la terre et du ciel.

« Le salut est donné par notre Dieu » signifie que la vie en plénitude, la vie pour l’éternité, est donnée par Dieu. Aucun saint, même le plus grand, n’a obtenu le salut par ses mérites. La vie éternelle, le salut, lui a été offert par Dieu. Il lui a été donné gratuitement, sans argent et sans rien payer. La vie ne peut être achetée, elle est donnée. Et Dieu qui est la vie, le Christ qui est la vie, a donné sa vie pour nous offrir de vivre, si nous le voulons. Le salut est bien donné par notre Dieu et par l’Agneau, le Fils éternel du Père, qui a pris sur lui le péché et l’ingratitude de chaque homme pour lui ouvrir le chemin de la vie éternelle.

Accueillir la sainteté, avancer sur le chemin de la sanctification, c’est reconnaître en vérité, de tout son cœur, de toute son âme, de toutes ses forces, que Jésus est l’unique Sauveur, que je suis fondamentalement un pécheur, et que sans le Christ je ne peux rien faire, que je lui dois tout, absolument tout. Ce que je peux faire de bien par moi-même, même le meilleur, tout cela, en définitive, reste chétif, minuscule, inachevé, et somme toute insatisfaisant si cela n’est pas repris et transfiguré par la grâce, la miséricorde et l’amour de notre Dieu. Le salut est donné par notre Dieu et par l’Agneau.

Mais s’il en est bien ainsi, si effectivement le salut est donné par notre Dieu et par l’Agneau, pourquoi les saints se sont-ils tant fatigués, usés, à vivre l’Evangile ? N’est-il pas plus sage de se ménager et d’accueillir tout simplement le salut qui nous a été gagné par Jésus, le Christ notre Sauveur ? Il est vrai que le salut nous est donné, encore faut-il l’accueillir. Or, pour recevoir quelque chose ou quelqu’un, il faut de l’espace. Il est parfois nécessaire de se désencombrer pour laisser place à ce que l’on veut nous offrir. Or le cœur, l’esprit, l’espace dont chacun de nous dispose est envahi pour une multitude de pensées et de choses qui rendent parfois impossible l’accueil du salut que le Seigneur nous propose. C’est pourquoi, l’Ancien du livre de l’Apocalypse précise à saint Jean, qui sont tous ces gens qui se reconnaissent sauvés par Dieu. Ils viennent, dit-il, de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le sang de l’Agneau.

La grande épreuve, c’est notre existence terrestre. Elle est une épreuve au sens où nous sommes tous confrontés au mal, à la souffrance, à la maladie, à la mort. Elle est une épreuve aussi en ce qu’elle éprouve nos sentiments, nos réactions, nos attitudes à l’égard de nous-mêmes, des autres, du monde et de Dieu.

Traversons-nous notre vie en ayant le cœur et les bras ouverts à ceux qui nous entourent ? Sommes-nous soucieux de les aimer, de les aider, en dépit de nos propres faiblesses ou du mal qui nous touche ? Ou bien, vivons-nous centrés sur nous-mêmes ? Pour le savoir, il nous faut nous placer devant l’Evangile de notre Seigneur Jésus-Christ. C’est à sa lumière qu’il nous est donné de vérifier continuellement la réalité de notre vie et de corriger sa trajectoire si nécessaire. Notre épreuve à chacun consiste à faire correspondre notre vie à l’enseignement de l’évangile qui aujourd’hui nous invite à des comportements en opposition radicale à ceux que propose le monde : heureux les doux, heureux ceux qui pleurent, heureux les artisans de paix, heureux les persécutés pour la justice, heureux les persécutés pour leur foi en Jésus-Christ.

Si nous examinons honnêtement notre vie, nous constatons qu’il y a un réel décalage entre ce que propose l’enseignement et la vie de Jésus et nos propres comportements. Le bien que nous voulons faire, nous ne le faisons pas. Le mal que nous ne voulons pas faire, nous le faisons. Et cela malgré nos efforts, malgré notre bonne volonté. C’est pourquoi, il convient que nous nous placions au pied de la croix du Seigneur, c’est-à-dire devant l’incroyable amour que nous porte à chacun personnellement le Christ et que nous lui offrions notre vie de misère. C’est cela laver son vêtement, le purifier dans le sang de l’Agneau. C’est accepter de reconnaître, simplement, humblement, que sa propre vie n’est pas conforme à l’amour, qu’elle a besoin d’être relevée, purifiée, fortifiée, en un mot sanctifiée par le sang de l’Agneau, par l’unique sacrifice de la Croix.

Accueillir le salut offert gratuitement par le Christ Jésus notre Seigneur et notre seul Sauveur, c’est reconnaître en vérité que nous sommes d’abominables pécheurs. C’est reconnaître en vérité que nous sommes des pécheurs aimés et sauvés par sa croix. C’est aussi corriger nos comportements à la lumière de l’Evangile et nous joindre à l’action de grâce, aux remerciements de toute la cour céleste qui proclame : « Amen ! Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles. Amen ! ».

Textes du jour :
Ap 7, 2-4.9-14
Ps 23, 1-2, 3-4ab, 5-6
1 Jn 3, 1-3
Mt 5, 1-12a