La Sainte Famille

Une famille ordinaire

30 décembre 2007

Nous fêtons aujourd’hui la famille de Jésus. Pourquoi la liturgie prévoit-elle cette fête dans le prolongement des festivités de la Nativité ? En quoi cette célébration nous concerne-t-elle aujourd’hui ? En quoi nous conduit-elle à la conversion ?

Pour aborder ces questions intéressons-nous à la famille de Jésus tout simplement. Commençons par ses ancêtres. Les évangélistes Matthieu et Luc présentent chacun une généalogie de Jésus. On y découvre une lignée bien ordinaire : s’y rencontre certes patriarches et rois, mais aussi assassins, prostitués, adultères, tricheurs, etc… Les évangélistes ont reconnu dans la famille de Jésus une famille ordinaire, et ils ont pris soin de bien souligner cela dans les généalogies qu’ils ont établies. Le Messie, s’il est effectivement de la lignée de David, n’est pas un extra-terrestre. Il n’est pas tombé du ciel, mais il est issu du cours normal de la vie, avec ses périodes fastes et glorieuses, avec ses générations viles et ténébreuses.
Nous trouvons là une source d’espérance pour chacune de nos familles car le Seigneur notre Dieu a donné son fils non pas à une dynastie de prêtres ou de rois, à une lignée génétiquement sélectionnée, mais à une famille ordinaire, ni plus ni moins méritante qu’une autre.
Le Seigneur se donne tout simplement à qui veut l’accueillir et l’aimer, quel que soit le péché qui parfois peut marquer de manière particulière une ou plusieurs générations. Or l’amour couvre une multitude de péchés : c’est vrai au niveau individuel, c’est vrai au niveau familial, même sur plusieurs générations. Tout comme l’amour de Jésus a sauvé l’humanité tout entière, ainsi aussi l’amour que nous nous témoignons les uns aux autres, participe au salut de ceux qui nous sont proches et de l’humanité tout entière.

La famille immédiate de Jésus, Marie et Joseph, est encore une famille ordinaire. Certes, elle est proche de Dieu. Elle vit dans une parfaite obéissance à la volonté divine, mais cela ne lui facilite pas la vie. Bien au contraire. Elle connaît les souffrances de l’exclusion, la peur pour l’enfant, la peur pour l’épouse, la peur pour le mari, la peur devant la rage meurtrière d’Hérode, devant la précarisation liée à l’exil. Elle connaît l’angoisse que suscite la perte d’un être cher quand Jésus reste à Jérusalem pour s’occuper des affaires de son Père. Il y a aussi la souffrance des parents devant l’incompréhension que suscite leur enfant. Elle connaît bien évidemment les joies familiales, mais il était important de rappeler que la Sainte Famille a mené la vie de toutes les familles et qu’elle a été amenée à connaître la large palette des sentiments humains qui vont de la plus profonde détresse à la joie la plus intense.
Là encore, nous trouvons une source d’espérance pour chacune de nos familles car nos peines, nos joies ne sont pas indifférentes à Jésus, à Marie et à Joseph. Ils les connaissent de l’intérieur. Ils les ont vécues et ils nous accompagnent sur nos chemins de vie. C’est là une certitude de la foi, aussi ne faut-il pas hésiter à les solliciter pour qu’ils nous soutiennent et nous guident dans nos propres périples.

Il y a un autre aspect par lequel la famille de Jésus ressemble à nombre de familles d’aujourd’hui : Jésus est né de Marie et de l’Esprit Saint, Joseph étant le Père adoptif de l’enfant. Cette structure familiale particulière, dans laquelle nous reconnaissons une manifestation extraordinaire de la puissance de Dieu, peut nous aider à accueillir les multiples visages que prennent nos familles d’aujourd’hui.
Il ne faut pas croire que l’acquiescement de Joseph ait été automatique après que l’ange lui ait parlé en songe. Non, sa liberté était engagée. Il a dû prendre sur lui, se dépasser dans la foi. Il a dû dépasser les représentations socioculturelles qui étaient les siennes et qui condamnaient les relations hors mariage, pour accueillir du fond de son cœur et l’épouse qui lui était promise et l’enfant dont elle était enceinte. Accueillir du fond de son cœur, c’est-à-dire accueillir sans trace de jalousie, sans souci de vengeance en aucun moment de sa vie, sans rancœur, etc… Il a pu le faire parce qu’il était dans l’amour, dans la perfection de l’amour dont saint Paul affirme qu’il croit tout, espère tout, endure tout, ne veut pas le mal, etc…
Je crois que nous aussi, dans la situation culturelle qui est la nôtre, dans le contexte familial qui est aujourd’hui le nôtre, nous devons placer l’amour par-dessus tout, quelles que soient les situations familiales que nous rencontrons. Cela ne veut pas dire qu’il faut accepter n’importe quoi, mais si nous refusons quelque chose nous le faire dans l’amour et par amour. Il est clair que la prudence, la sagesse se doivent d’être au rendez-vous. Elles sont les fruits de l’amour. Mais, par-delà toute loi, par-delà tout précepte, il y a le commandement de l’amour que nous a laissé le Seigneur. Saint Paul le résume en ces termes dans la lettre aux Colossiens que nous venons d’entendre : « revêtez votre cœur de tendresse et de bonté, d’humilité, de douceur, de patience. Supportez-vous mutuellement, et pardonnez si vous avez des reproches à vous faire. Agissez comme le Seigneur : il vous a pardonné, faites de même. Par-dessus tout cela, qu’il y ait l’amour : c’est lui qui fait l’unité dans la perfection. »

Que ce soit dans nos familles, sur nos lieux de travail, dans nos communautés chrétiennes, nous sommes appelés à nous aimer les uns les autres comme le Christ nous a aimés, d’un amour sans hypocrisie. C’est ainsi que l’Église du Christ, c’est-à-dire son corps, grandira progressivement en s’étendant, par l’amour vécu, à la communauté humaine tout entière. Celle-ci ne formera alors qu’un seul corps, qu’une seule famille, unie par le lien de l’Esprit, où le Christ notre Seigneur sera tout en tous pour la plus grande gloire de Dieu le Père. Amen.

Textes du jour :
Si 3, 2-6.12-14
Col 3, 12-21
Mt 2, 13-15.19-23