Dimanche des Rameaux C

Je suis au milieu de vous comme celui qui sert

28 mars 2010

Nous venons d’entendre le récit de la Passion dans l’Évangile de Luc. L’arrestation, le procès et la mort de Jésus y sont racontés afin que ces événements ne s’effacent jamais de la mémoire des croyants. Les faits rapportés par l’évangéliste n’appartiennent donc pas uniquement au passé. Ils s’adressent à chacun de nous, ils nous impliquent dans cette histoire, parce que nous croyons que Jésus est le Fils du Dieu Sauveur, mort et ressuscité, pour réconcilier les hommes avec Dieu son Père. Nous sommes impliqués dans la Passion de Jésus. Celle-ci nous concerne. Et la parole de Jésus se communique à nous avec puissance, pour peu que nous voulions bien l’accueillir et la laisser toucher notre cœur.

Écoutons le Christ qui nous parle : « J’ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir ! » C’est à nous que le Seigneur s’adresse. C’est notre table qu’il désire partager ardemment avant de porter nos péchés. Contemplons l’amour de notre Dieu, qui sait qui nous sommes, qui connaît nos lâchetés, nos trahisons, et qui pourtant veut partager notre table, tout comme il désirait partager le repas de ses disciples. Non pas par goût du morbide, mais pour nous faire découvrir combien il nous aime.
Le partage de notre repas est déjà le partage de notre souffrance et le portement de nos croix. Remarquez que ce repas pris en commun n’est pas pris du bout des lèvres ou du bout de la fourchette, mais avec ardeur, avec passion. La rencontre que le Seigneur désire, est une rencontre brûlante d’amour et son amour pour nous le pousse à s’exposer une fois encore, sans réserve, sans filet, dans la relation qui nous unit à lui. Célébrer et vivre l’eucharistie, c’est répondre à l’ardeur divine qui nous appelle et nous veut à elle simplement par amour, quoiqu’il en coûte. Quand nous mangeons le corps du Christ, quand nous buvons le sang du Christ, nous célébrons le mystère d’un amour qui se donne avec ardeur et qui nous appelle à nous donner passionnément, mais pas n’importe comment.

Le Seigneur montre le chemin à ses disciples par cette autre parole que nous venons d’entendre : « Moi, dit-il, je suis au milieu de vous comme celui qui sert. » Aux disciples qui se querellent pour savoir qui est le plus grand, Jésus indique le chemin du don de soi, l’attitude à suivre, l’exemple à vivre : « Moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert. » Voilà une parole heureuse, réconfortante. Le Christ est au milieu des siens. Le Christ est au milieu de nous, présent dans cette eucharistie, et chaque fois que nous nous réunissons en son nom. Il est au milieu de nous, et il nous sert. Ce qu’il a été parmi ses premiers disciples ici-bas sur terre, il l’est de manière différente certes, mais non moins puissante, pour nous aujourd’hui, car il n’y a pas plusieurs personnalités dans le Seigneur, mais il est un, homme et Dieu tout à la fois, radicalement orienté vers le service et l’amour de l’humanité en général et de chacun de nous en particulier. Oui, il faut oser dire cela. Le Seigneur nous sert chacun, selon des dispositions propres et adaptées, pour nous guider sur le chemin de l’amour et nous amener à Dieu, son Père.
Voilà quelque chose d’extraordinaire. Jésus qui est Dieu, de condition divine, dirait saint Paul, qui partage désormais la gloire du Père, continue, sur un mode différent, de prendre la condition du serviteur pour amener l’humanité à la vie véritable, à la gloire du Père. Nous sommes appelés nous aussi, dans nos familles, dans nos communautés, sur nos lieux de vie, à être de ceux qui servent leurs contemporains, par amour et par fidélité au Christ. C’est ainsi que, ne jugeant pas bon de revendiquer d’être traités de manière supérieure ou égale aux autres, nous grandirons dans le royaume de Dieu.

Peut-être jugerez-vous qu’une telle attitude est impossible ? Elle ne l’est pas. Elle n’est pas abandon de l’exigence de justice, mais nouvelle orientation de celle-ci. Elle n’est ni pusillanimité, ni peur, ni lâcheté, mais force, courage et combativité en Dieu. Jésus l’a vécue, elle est donc praticable. Disciples de Jésus, nous sommes appelés à être des témoins de sa pratique. « Moi, dit le Seigneur, je suis au milieu de vous comme celui qui sert. » Et le Seigneur, s’adressant toujours à ses disciples, poursuit : « Vous, vous avez tenu bon avec moi dans mes épreuves. » Cette parole est tout à fait étonnante. « Vous, vous avez tenu bon avec moi dans mes épreuves. » Oui, elle est vraiment étonnante cette parole, parce que nous sommes avant la Passion et que nous savons tous quelle sera l’attitude des disciples quand l’hostilité se manifestera au grand jour. L’un trahira, l’autre reniera, le reste s’enfuira. Comment, dès lors, comprendre cette parole de Jésus, « vous, vous avez tenu bon avec moi dans mes épreuves » ?
On peut tout d’abord discerner dans ce propos, l’attente du Seigneur à l’égard de chacun de nous. Il ne nous demande pas des choses extraordinaires, mais que nous lui soyons fidèles, dans notre quotidien, comme les disciples l’ont été quand ils parcouraient avec lui les routes de Palestine. Dans un second temps, en accueillant un peu plus profondément cette parole, l’on peut distinguer deux termes importants. Tout d’abord le mot avec, qui souligne la fidélité du disciple à son maître, et puis l’expression mes épreuves. Les disciples ont été fidèles à Jésus dans ses épreuves. Eux-mêmes n’avaient pas encore affronté leurs propres épreuves, épreuves dont feront partie les risques encourus par l’arrestation de leur maître. Pour nous aujourd’hui, comprenons la parole de Jésus « vous vous avez tenu bon avec moi dans mes épreuves » comme un appel à tenir bon avec les plus petits d’entre les siens — c’est-à-dire avec ceux qui ont faim, soif, qui sont nus, persécutés, malades ou en prison —, dans leurs épreuves, en nous situant non pas en héros ou en sauveur, mais comme ceux qui servent leurs frères, leurs soeurs, au nom de Jésus, leur frère et ami commun.

Nous pourrions commenter ensemble la totalité de la Passion, en considérant que les paroles de Jésus s’adressent à nous, personnellement, parce que la croix que Jésus portait est lourde de notre propre péché. Nous ne le ferons évidemment pas ici, mais je vous invite, durant cette semaine sainte à recueillir les paroles du Seigneur et à les méditer dans votre cœur, afin d’y découvrir toujours plus profondément cet amour ardent que le Seigneur nous porte. Amen.

Textes du jour :
Is 50, 4-7
Ps 21 (22)
Phi 2, 6-11
Lc 22, 14-23, 56