En toi j’ai mis tout mon amour

20 janvier 2008

L’eucharistie de ce jour clôt le temps festif consacré à Noël. A partir de maintenant, nous suivrons de nouveau le cours ordinaire du cycle liturgique. Il nous conduira jusqu’au Carême. Mais aujourd’hui, réjouissons-nous encore de la Nativité de notre Seigneur. Remercions le Père avec une ardeur redoublée de nous avoir envoyé son Fils bien-aimé. Oui, réjouissons-nous ! Réjouissons-nous de tout notre cœur, en associant à notre joie nos frères orthodoxes qui ont célébré la naissance de Jésus selon un calendrier très ancien de l’Église d’Orient, quand nous-mêmes nous célébrions l’Épiphanie de notre Seigneur.

La naissance du Sauveur, l’Épiphanie du Seigneur, et le baptême de Jésus, constituent trois facettes du mystère de la Nativité.
Elles sont autant de tableaux que la liturgie nous invite à contempler pour accueillir de manière toujours plus profonde, toujours plus intense, la grâce immense et belle que le Seigneur dispense à chacun de nous en acceptant notre condition humaine. L’expression de notre gratitude, de notre reconnaissance, suppose que nous ayons une certaine connaissance du mystère que nous célébrons.
Cette connaissance n’est pas d’abord celle de l’intelligence, mais celle du cœur. Elle suppose que nous nous soyons laissés toucher par la naissance de l’enfant-Dieu, à l’exemple des bergers qui ont été saisis par l’annonce des anges ; elle suppose que nous nous soyons agenouillés devant l’Emmanuel, comme le firent les Mages venus honorer le roi des Juifs ; elle suppose que nous nous soyons laissés faire par l’Esprit de Dieu, comme Jean-Baptiste se laissa faire lorsque le Seigneur vint à lui pour se faire baptiser. La reconnaissance présuppose une connaissance réelle du Christ, une rencontre authentique du Sauveur, un cœur à cœur avec notre Seigneur.
Comment ai-je vécu cette période de Noël ? Ai-je eu le souci de rencontrer mon Seigneur et mon Dieu dans l’enfant de la Crèche ? Ai-je eu à cœur de laisser grandir en moi celui qui est présent au plus intime de moi-même ? Me suis-je soucié de lui présenter un cœur ouvert, vrai, beau, pour le remercier de s’être offert pour m’obtenir la vie ? Ces questions ne doivent pas peser sur nos consciences, mais nous inviter à entrer dans la beauté et la profondeur du mystère que nous célébrons. Et si l’un ou l’autre d’entre-nous, et à vrai dire chacun de nous, se rend compte qu’il a été trop indifférent à la formidable réalité que nous avons célébrée, et bien, sachons-le, il n’est jamais trop tard pour s’offrir à Dieu, pour lui donner notre vie, pour lui ouvrir notre cœur. Il n’y a que l’amour qui conduit à la connaissance de Dieu et à la manifestation de notre reconnaissance à son égard.

L’Église fête aujourd’hui le baptême de Jésus par Jean. Ce baptême n’a pas été quelque chose d’anecdotique, un petit événement qui s’est passé un certain jour sur les bords du Jourdain. Non, ce n’était pas du tout cela. Cela a été, malgré l’aspect très anodin de l’événement, l’occasion pour la Trinité tout entière, de partager sa joie, son espérance, son amour, aux hommes qu’elle a créés et conduits tout au long de l’histoire.
Quand Jésus fut baptisé, et qu’il fut sorti de l’eau — rappelons-nous que pour les anciens l’eau était assimilée aux forces du mal —, les cieux s’ouvrirent. Le baptême de Jésus annonce et inaugure une nouvelle humanité. Il manifeste une nouvelle naissance de l’humanité libérée du mal, vivant en communion avec son Dieu. Le baptême de Jésus permet l’ouverture des cieux et ainsi une nouvelle manière pour Dieu de se donner à l’humanité. Il se manifeste non plus seulement dans l’unité de sa divinité, mais aussi dans sa réalité trinitaire en tant que Père, Fils, et Esprit Saint.
Jean « vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe » et venir sur Jésus. « Et des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour ». » Arrêtons-nous sur ce que disait la voix du Père : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour". Le Père n’a pas dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis une part de mon amour ». Non, il n’a pas dit cela. C’est tout son amour qu’il a mis en son Fils. Il s’est donné à lui sans réserve. Dieu est amour. Dieu le Père est amour. Il s’est complètement donné à son Fils. Dieu le Fils est amour, il se donnera complètement à son Père. C’est amour réciproque, c’est l’Esprit qui provient du Père et que le Fils lui remettra quand il aura achevé sa mission sur terre. Le Père est amour. Le Fils est amour. L’Esprit est amour. Et c’est cet amour trinitaire, c’est amour qui est Dieu, que le Fils donnera sans réserve aux hommes pour les conduire à son Père.

C’est cet amour, c’est-à-dire Dieu lui-même, que chacun de nous est appelé à découvrir. Car ce que le Père dit du Fils lors que baptême au Jourdain, il le dit de chacun de ses enfants, de chacun de nous : « Tu es mon enfant bien-aimé, en toi j’ai mis tout mon amour ». Il nous faut sans cesse reprendre conscience de cette vérité en remontant à la source de notre propre baptême où nous sommes devenus enfants de Dieu dans la mort et la résurrection de son Fils. Par le baptême, le Seigneur a fait de nous des temples de son Esprit. Cela signifie que c’est Dieu lui-même que nous portons dans notre cœur, même si nous l’oublions ou l’ignorons. Or si c’est Dieu que nous portons en nos cœurs parce que nous sommes habités par l’Esprit de Dieu, alors il nous faut prendre conscience aussi que nous portons en nous la totalité de l’amour de Dieu puisque l’Esprit est Dieu et que Dieu est amour.
Sans doute me direz-vous que vous n’en avez pas conscience ou que cet amour peine à émerger. C’est vrai. Il en est de cet amour, comme d’une plante que l’on place dans un pot. La plante se déploiera en fonction de la taille du pot. Si le récipient est proportionnellement petit, la plante restera chétive. Ce n’est pas l’amour de Dieu qui est petit, c’est la taille de notre cœur qui le limite. En ce jour de fête, demandons au Seigneur, les uns pour les autres, d’élargir l’espace de notre cœur, afin que son amour puisse s’épanouir généreusement en chacun de nous. Amen.

Textes du jour :
Is 42, 1-4.6-7
Ps 28 (29)
Ac 10, 34-38
Mt 3, 13-17