Le cercle vertueux de l’amour

6e dimanche de Pâques A

RésurrectionLes célébrations dominicales du temps pascal invitent les baptisés à entrer dans la dynamique des premiers disciples du Christ : d’abord écrasés sous le poids de la Passion de Jésus et de leurs peurs, les apôtres connaissent ensuite une joie inexprimable lors de la rencontre du Ressuscité. Le Seigneur leur donne sa paix. Celle-ci leur ouvre les portes d’une espérance renouvelée, vivifiée, tonifiée par la victoire de la Croix.

Mais cette paix, cette joie, cette explosion de vie, restent pour une part inaccessible aux apôtres. Il leur faudra recevoir l’Esprit Saint à la Pentecôte pour accueillir plus parfaitement la joie, l’audace, la profusion de cet amour divin.

Nous aussi, nous sommes appelés à passer de la tristesse à la plénitude de la joie dans l’Esprit Saint. Nous sommes invités à placer nos vies dans la lumière de la résurrection de Jésus. C’est dans sa lumière que nous voyons la lumière : nos peurs, nos angoisses, nos inquiétudes, tout ce qui, d’une manière ou d’une autre nous opprime, est vaincu par la victoire de la Croix manifestée dans la résurrection du Seigneur.

Cette victoire semble toutefois démentie par notre quotidien : les soucis et les larmes ne manquent pas, la joie est plutôt rare. C’est vrai, et Jésus en a parfaitement conscience. C’est pourquoi il dit à ses disciples : quand je serai allé auprès de mon Père, je le prierai, « et il vous donnera un autre Défenseur qui sera toujours avec vous » : c’est l’Esprit de vérité.

Le Seigneur connaît ses disciples. Il nous connaît. Il sait que nous ne pouvons pas y arriver seuls. Nous avons besoin de quelqu’un qui nous protège du mal et qui nous console dans l’épreuve : l’Esprit Saint. C’est lui notre Défenseur, notre Consolateur. Il est l’Esprit de Vérité, c’est-à-dire l’Esprit du Christ, puisque le Christ est la Vérité, mais aussi l’Esprit qui nous permet de faire la vérité sur nous-mêmes, c’est-à-dire de nous reconnaître tels que nous sommes : de pauvres pécheurs, tombant et retombant sur le chemin de l’Évangile, incapables de faire véritablement le bien. Mais des pécheurs aimés et pardonnés dans la mort et la résurrection de Jésus, des pécheurs relevés par l’amour invincible du Père et du Fils, des enfants de Dieu appelés à entrer dans la joie de leur Seigneur.

Ce relèvement, cette ferme espérance, est l’œuvre en nous de l’Esprit Saint. Jésus dit de l’Esprit que le monde — autrement dit, l’homme de mauvaise volonté —, ne peut pas le connaître « mais vous, dit-il à ses apôtres, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous, et il sera en vous. » Jésus prononce ces paroles bien avant la Pentecôte, donc bien avant que l’Esprit Saint soit descendu sur les apôtres. Ceux-ci possédaient donc déjà l’Esprit Saint, mais imparfaitement. L’Esprit de Vérité était auprès d’eux, parce que le Christ qui est la Vérité était auprès d’eux. L’Esprit de Vérité était aussi en eux, mais de manière encore partielle, car sans l’Esprit Saint, il leur aurait été impossible de reconnaître en Jésus le Messie, le Seigneur, car comme l’écrit l’apôtre Paul, « nul ne peut confesser que Jésus est Seigneur si ce n’est dans l’Esprit Saint. »

Par notre baptême, nous sommes devenus les temples de l’Esprit Saint : nous connaissons donc chacun, d’une manière ou d’une autre et chacun d’une façon particulière, l’Esprit Saint. Et cette connaissance, si faible, si fragile soit-elle, nous rend capables de nous ouvrir davantage à lui. Nous portons en nous l’Esprit du Seigneur qui nous parle, qui nous appelle, qui nous encourage, qui nous console. Il nous appartient de l’écouter, de créer en nous les conditions de cette écoute.

Écouter l’Esprit Saint, c’est écouter sa conscience, c’est-à-dire les appels du Bien qui jaillissent au plus intime de nous-mêmes. C’est se mettre à l’écoute de l’Amour. En écoutant l’Amour, nous apprenons à aimer, c’est-à-dire à vivre de manière toujours plus conforme à l’enseignement du Seigneur. Nous progressons ainsi dans le cercle vertueux de l’amour car, dit le Seigneur « Celui qui reçoit mes commandements et les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui. ». Et découvrant davantage le Christ, nous l’aimerons davantage, et notre amour plus grand l’incitera à nous manifester son amour de manière plus intense, et ainsi de suite.

En ce temps de préparation à la fête de la Pentecôte, implorons l’Esprit Saint de venir à notre secours. Il est le Consolateur souverain, l’hôte très doux de nos âmes, la lumière bienheureuse, le père des pauvres, le repos, la fraîcheur, le réconfort de nos vies. Puisse-t-il parfaire en nous, l’amour dont nous devons aimer notre Dieu et notre prochain. Amen.

Textes du jour :
Ac 8, 5-8.14-17
Ps 65 (66), 1-3a, 4-5, 6-7a, 16.20
1 P 3, 15-18
Jn 14, 15-21